Démarche artistique

L'amorce des mouvements

Claire B. Masimbert compose des incipits par l’esquisse. Plus que des silhouettes, elle peint ou modèle des contours évoquant les êtres sensibles que nous sommes. Le corps, dépouillé de ses particularités se fait originel et devient réceptacle. L’expression « prendre corps » trouve ici tout son sens. Ce qui prend corps ce sont les mouvements de l’être, ce qui l’anime : ses émotions. Celles de l’artiste dans l’instant créatif et celles du regardeur qui, incité par cette amorce, finit l’histoire en projetant sa propre sensibilité.

Toiles ou ensemble de sculptures sont structurés à la manière d’une phrase : chaque corps est un mot qui en rencontre un autre dans un jeu d’entrelacs ou dans de subtils élans vers son alter ego. Le regardeur peut ainsi les considérer séparément — mot à mot — ou observer le dialogue qui se joue entre eux. La narration apparaît. Claire B. Masimbert peint comme on écrit. Cette écriture picturale fait de la ligne non plus un élément permettant de figurer le mouvement d’un corps, mais rythmant une surface à la façon d’une ponctuation. Il en résulte une forme de musicalité.

L’artiste va à la rencontre de ce qu’elle ne connaît ou ne maîtrise pas. Une mise en danger qui se caractérise notamment par l’usage décalé de certains supports ou par la manipulation fragile, insaisissable de l’encre, fluide récurrent dans son œuvre. Une posture qui l’oblige à être dans une restitution spontanée de son état, une posture à la fois gageure et moteur.

La plasticienne affectionne la texture des matériaux bruts ; que ce soit en peinture en travaillant sur des toiles de lin non préparées ou en sculpture en utilisant un mélange de ciment et gravier. Outre la respiration que lui offre le passage d’un médium à un autre, il lui permet surtout de trouver des réponses ; la pratique de l’un nourrissant la pratique de l’autre. C’est pourquoi présentés ensemble, un échange se met inévitablement en place.

Dans son travail, l’artiste met en tension des notions opposées : fond/forme, aplat/ligne, abstraction/figuration. Une ambivalence propice à l’émanation d’une plus grande liberté, elle-même favorable à une infinité d’interprétations. En cela la production de la plasticienne est mouvante et c’est bien ce qui est recherché : une lecture, par le spectateur, sans cesse renouvelée. À noter que Claire B. Masimbert est continuellement traversée par la pièce de théâtre « En attendant Godot » de Samuel Beckett. L’auteur était favorable à la pluralité de lectures de son œuvre. La plasticienne voit là-dedans une immense richesse ; la possibilité d’une multitude d’évasions, non une fuite, mais des échappées belles.

 

Repères

Qui est Claire B.Masimbert ?

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Plasticienne autodidacte

Claire B. Masimbert est née en 1975 et a grandi à Orléans. Elle vit à Mudaison et travaille à Pérols (34).



1993-98          Petite, Claire B. Masimbert passe son temps libre à modeler et à dessiner, sans jamais ne prendre de cours. À 18 ans, lorsqu’elle s’engage dans des études de droit, elle obtient l’accès à l’atelier de modelage de l’université. On l’autorise à se servir de la matière à condition de détruire systématiquement son travail afin de restituer la glaise. Elle prend également part librement à des cours de dessin en modèle vivant où elle travaille l’esquisse. Une semaine s’organise entre 4 jours consacrés à ses études et 3 pleinement à la peinture.


2002-13          L’artiste crée successivement deux entreprises dans le prêt-à-porter. La première, à Paris, prend la forme de ventes éphémères des bijoux et vêtements qu’elle crée. Claire étend le projet en réunissant une vingtaine de créateurs émergents au sein d’une boutique. La seconde, à Montpellier, se consacre aux vêtements femme et enfant. Les dessins des collections, le patronage et les prototypes sont réalisés exclusivement par Claire et vendus via des salons et un site marchand. Les créations et les matières première sont volontairement made in France.


2013-15          Sentant une transition s’opérer, elle emploie cette période à la réflexion et à un bilan personnel qui met en lumière sa sensibilité créative et le besoin de développer son propre univers. Elle crée un blog « La tête à l’envers » sur lequel elle poste régulièrement des dessins figurant l’avancée de cette introspection. L’écriture fait son apparition au travers de nouvelles et d’une pièce de théâtre. C’est elle qui révèlera son envie profonde de se remettre à peindre.


2018-20          La plasticienne prend la décision de dédier la suite de sa carrière à la peinture et à la sculpture. Elle élabore un projet d’exposition sur-mesure — « De corps en corps » — pour la Maison des Arts de Barcarès. Elle pense aussi bien les peintures que la scénographie. Transporté par ce qu’il voit, le responsable du lieu lui offre d’emblée une exposition solo l’année suivante, en juillet 2020. Pendant un an et demi elle produit en vue de cet événement tout en réalisant d’autres expositions collectives.


2019               Sa recherche active d’un atelier la mène vers un lieu improbable : un vaste terrain vague ponctué de conteneurs et hangars. L’un d’eux abrite des ateliers d’artistes. Elle y trouve sa place et est entourée de deux peintres et d’un sculpteur également peintre, ayant chacun au moins 40 ans d’expérience. Ce moment est fondateur pour sa carrière car tous portent un regard bienveillant sur sa production et ses premières démarches en tant qu’artiste professionnelle. Aujourd’hui elle travaille au côté de cinq artistes.

N° SIREN 804 375 145